Les allergènes sur l’étiquette de bière : comment bien faire
Presque toutes les bières contiennent un allergène, et il se trouve dans l’ingrédient de base : le malt. Au-dessus de 1,2 % vol, une bière n’a pas besoin de liste des ingrédients, et c’est pourquoi les allergènes passent facilement à la trappe. La liste est facultative pour une bière plus forte ; la mention des allergènes, elle, ne l’est pas.
Les règles figurent dans le règlement européen sur l’information des consommateurs, dit règlement INCO (règlement (UE) n° 1169/2011), surtout à l’article 21 et à l’annexe II. L’annexe énumère 14 groupes de substances à déclarer. Pour une bière vendue en France, ils sont indiqués en français (article R.412-7 du code de la consommation, selon le guide de la DGCCRF sur l’étiquetage des bières).
Orge, blé, avoine et seigle
Le premier point de l’annexe II, ce sont les céréales contenant du gluten : blé (comme l’épeautre et le blé de Khorasan), seigle, orge, avoine ou leurs souches hybridées, et les produits à base de ces céréales. Pour vous, brasseur, cela veut dire que presque chaque malt de la recette est un allergène.
C’est la céréale qui compte, pas le nom du malt. Selon la communication de la Commission européenne sur les allergènes (2017/C 428/01, point 8), la dénomination doit faire apparaître clairement la céréale ; l’exemple de la Commission est le vinaigre de malt d’orge. Un nom de malt comme « malt Pilsner », « malt caramel » ou « Carafa » ne suffit donc pas, ni « malt » tout seul. Écrivez « malt d’orge », « malt de blé », « malt d’avoine » ou « malt de seigle ».
L’épeautre doit être reconnaissable comme du blé : la Commission donne des exemples comme « blé (épeautre) » (point 9). Dans une liste des ingrédients, écrivez par exemple « malt de BLÉ (épeautre) », pas seulement « malt d’épeautre ».
Certains produits de ces céréales sont exclus : les sirops de glucose à base de blé, y compris le dextrose, les maltodextrines à base de blé et les sirops de glucose à base d’orge (annexe II, point 1, a à c). Le dextrose de blé que beaucoup utilisent pour la refermentation en bouteille n’est donc pas un allergène. La maltodextrine d’orge, elle, n’est pas exclue. Le maïs, le riz et le millet ne figurent pas sur la liste, qui est exhaustive selon la Commission (point 6).
Pourquoi « orge » et pas « gluten »
« Contient du gluten » ne dit pas de quelle céréale il s’agit, et cela n’aide pas la personne qui supporte l’avoine mais pas le blé. Selon la communication de la Commission, la céréale doit donc être nommée (point 8) ; le mot « gluten » seul ne suffit pas. Vous pouvez ajouter « gluten » de façon volontaire (point 10), par exemple « malt d’ORGE (gluten) ».
Il en va de même pour une bière dont le gluten est dégradé par des enzymes. Elle est tout de même brassée avec de l’orge, et l’orge doit être déclarée. « Sans gluten » n’est permis que si la bière contient au plus 20 mg de gluten par kilogramme (règlement d’exécution (UE) n° 828/2014), et la céréale doit, même dans ce cas, être déclarée et mise en évidence dans la liste des ingrédients (2017/C 428/01, point 12).
La mise en évidence dans la liste des ingrédients
Si la bière a une liste des ingrédients, les allergènes y sont mis en évidence de façon à se distinguer clairement du reste de la liste, par exemple au moyen du corps de caractère, du style de caractère ou de la couleur du fond (article 21, paragraphe 1, point b). Les majuscules ou le gras sont les plus courants :
Ingrédients : eau, malt d’ORGE, malt de BLÉ, malt d’AVOINE, houblon, levure.
Ne mettez rien d’autre en évidence. Si les variétés de houblon sont en majuscules, « houblon (CITRA, MOSAIC) », ou en gras parce que c’est joli, les allergènes ne se distinguent plus clairement, comme le demande l’article 21. Écrivez les variétés normalement : « houblon (Citra, Mosaic) ».
Quand faut-il une ligne « Contient » ?
Cela dépend de la présence d’une liste des ingrédients.
Sans liste des ingrédients – le cas habituel pour une bière de plus de 1,2 % vol –, le mot « Contient » est suivi du nom de la substance figurant à l’annexe II (article 21, paragraphe 1) : « Contient : orge. » ou « Contient : orge et blé. » Le règlement n’exige pas une ligne à part, mais on la trouve ainsi facilement. Il n’impose pas non plus de mise en évidence, mais la DGCCRF parle de « mise en évidence après le terme “contient” » : écrire l’allergène en gras ne coûte rien. La ligne est en français et a la même hauteur de x minimale que les autres mentions obligatoires, 1,2 mm. Elle n’a pas besoin d’être dans le même champ visuel que la dénomination, le titre alcoométrique et la quantité.
Avec une liste des ingrédients, pas de ligne « Contient ». Les allergènes ne sont pas répétés en dehors de la liste (2017/C 428/01, point 27).
Le vin de raisin a ses propres règles : la liste des ingrédients et la déclaration nutritionnelle complète peuvent être fournies par voie électronique, par exemple avec un QR code, mais les mentions « Contient » restent sur l’étiquette (article 119 du règlement (UE) n° 1308/2013, modifié par le règlement (UE) 2021/2117). Cela ne vaut pas pour la bière.
Exemples pour des styles courants
| Style | Allergènes | Dans la liste des ingrédients | Sans liste |
|---|---|---|---|
| Blonde, lager, pils | Orge | malt d’ORGE | Contient : orge. |
| Blanche, weizen | Orge, blé | malt d’ORGE, malt de BLÉ | Contient : orge et blé. |
| Bière à l’avoine, stout à l’avoine | Orge, avoine | malt d’ORGE, flocons d’AVOINE | Contient : orge et avoine. |
| Bière de seigle | Orge, seigle | malt d’ORGE, malt de SEIGLE | Contient : orge et seigle. |
| Milk stout | Orge, lait | malt d’ORGE, lactose (LAIT) | Contient : orge et lait. |
Le lactose dans un milk stout
L’annexe II, point 7, cite le lait et les produits à base de lait, y compris le lactose. Un milk stout ou un pastry stout au lactose doit donc déclarer le lait. Dans la liste des ingrédients, montrez directement le lait, par exemple avec « lactose (LAIT) ». Sans liste, la ligne devient « Contient : orge et lait. »
En France, le lactose compte parmi les sucres alimentaires, et une bière au lactose peut s’appeler « bière » (guide de la DGCCRF sur l’étiquetage des bières).
Fruits, épices et autres ajouts
La plupart des ingrédients ajoutés pour le goût ne sont pas des allergènes. Framboises, cerises, mangue, zestes d’orange, coriandre, cannelle, vanille et miel ne figurent pas à l’annexe II. Quelques points demandent tout de même de l’attention.
Herbes et épices dans une « bière ». En France, des herbes aromatiques ou des épices ajoutées à une bière brassée en France doivent être mentionnées sur l’étiquette, même sans liste des ingrédients (décret n° 92-307, selon la DGCCRF) : par exemple « Contient : malt d’orge, blé, coriandre, zestes d’orange ». Une bière légalement fabriquée ou commercialisée dans un autre pays de l’UE n’est pas soumise au décret. Ce n’est pas une déclaration d’allergènes, mais les deux peuvent tenir dans la même ligne. Plus de détails dans Que doit-on mettre sur une étiquette de bière ?
Fruits à coque. Une bière de Noël aux amandes ou une brown ale aux noisettes déclare les fruits à coque : « AMANDES », « NOISETTES ». L’arachide forme un groupe à part ; un stout au beurre de cacahuète a donc besoin de « ARACHIDES ». La liste des fruits à coque est exhaustive (2017/C 428/01, point 6). La noix de coco et les pignons de pin n’y figurent pas : un porter à la noix de coco n’a pas de déclaration d’allergène pour la noix de coco.
Sulfites. Si des sulfites ont été utilisés pendant la fabrication et que la boisson finie en contient au total plus de 10 mg/l, exprimés en SO₂, ils doivent être déclarés (article 9, paragraphe 1, point c, et annexe II, point 12). Cela peut concerner une bière aux fruits faite avec une purée de fruits sulfitée. Demandez la teneur en sulfites au fournisseur de la purée.
Céleri, moutarde et sésame figurent aussi à l’annexe II. Rares dans la bière, mais pensez-y si la recette devient expérimentale.
Agents de clarification. La gélatine de poisson et l’ichtyocolle utilisées comme agents de clarification dans la bière et le vin sont exclues (annexe II, point 4, b).
Comment procéder
Reprenez la recette ingrédient par ingrédient et demandez-vous, pour chacun, à quelle céréale ou à quel groupe de l’annexe II il appartient. Écrivez ensuite les ingrédients par ordre décroissant de poids (article 18, paragraphe 1) et ne mettez en évidence que les allergènes. Si vous ne voulez pas de liste des ingrédients, réunissez les allergènes dans une ligne « Contient ».
Avec Brewlabel, le contrôle de l’étiquetage de Plus vérifie que les allergènes sont mis en évidence dans la liste, et rien d’autre, et propose de retirer la ligne « Contient » quand la liste montre déjà les allergènes. Vous restez responsable de l’étiquette.
Dernière vérification : 21 octobre 2026
Ce guide explique l’étiquetage et ne constitue pas un conseil juridique. Les règles peuvent changer – si vous vendez votre boisson, renseignez-vous auprès de la DDPP de votre département.
Sources
- Règlement (UE) n° 1169/2011 (INCO), articles 9, 18 et 21 et annexe II, version consolidée du 01/04/2025 (EUR-Lex)
- Communication de la Commission relative à la fourniture d’informations sur les substances ou produits provoquant des allergies ou intolérances, 2017/C 428/01 (EUR-Lex)
- Règlement d’exécution (UE) n° 828/2014 relatif aux informations sur l’absence ou la présence réduite de gluten (EUR-Lex)
- Règlement (UE) 2021/2117, qui modifie notamment l’article 119 du règlement (UE) n° 1308/2013 (étiquetage du vin) (EUR-Lex)
- DGCCRF : Étiquetage des bières (juillet 2017, PDF) · Tout savoir sur l’étiquetage des bières
- Décret n° 92-307 relatif aux bières (Légifrance)